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 Le Savant et le Poète

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MessageSujet: Le Savant et le Poète   Lun 25 Oct - 0:17

Bonsoir !
Je tombe ici par pur hasard : déçu par les forums d'écriture, où le commentaire est démesurément laudatif ou mesquin, dépourvu de la moindre idée sur l'écriture et si court qu'on se demande en vérité si le lecteur a vraiment lu ce qu'il commente, il m'arrive — en vacances — de parcourir un peu les vieux et nouveaux forums, pour vérifier que rien n'a changé dans l'esprit des gens qui les fréquentent. Je n'interviens pas d'habitude, et tu pourras supprimer mon message au moment qui te plaira, mais je me demandais si tu accepterais de me parler de la citation qui te sert de signature, en répondant à ceci : quelle est la différence entre un savant et un poète ? un poète est-il dépourvu de savoir ? quelles sont les valeurs respectives des écrits de l'un et de l'autre ? et qu'en est-il d'un homme en qui se mêleraient le scientifique et l'artiste, un Da Vinci par exemple ? Il paraît très compliqué pour le scientifique en lui de n'être pas influencé dans son propos par l'artiste, et vice-versa. Voilà, la question m'intéresse, et peut-être auras-tu l'occasion d'y consacrer quelques instants.
Bon démarrage à ton forum !
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Aziliz
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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Lun 25 Oct - 11:09

Bonjour et tout d'abord merci pour ton message qui me procure un grand plaisir.
J'ai moi aussi été souvent déçue des forum d'écriture où les auteurs ne pensent qu'à être commentés et où personne ne lis les écrits des autres. J'ai donc créé le mien avec l'idée utopique que peut être cela changerai quelque chose. J'attends de voir.

Tout d'abord, la citation provient d'un roman fantastique de Pierre Bottero, pour rendre à l'auteur ce qui lui est du.
Quelle est la différence entre un savant et un poète ? Je dirai que celui qui se pense savant aura plutôt tendance à se baser sur ce qu'il sait, tandis qu'un poète utilisera plus ce qu'il ressent.
Concernant tes autres questions, je pense que cela dépend entièrement de la personne et que nous mêlons tous les qualités et les défauts du savant et du poète. Lorsque je réponds à ton message, j'utilise mes capacités de Savant, à savoir j'expose ce que je sais comme par exemple que les scientifiques cherchent sans cesse des preuves à leurs théories. Mais également celle de poète parce que si je suis incapable de prouver que nous avons tous une part de Savant et une part de Poète, c'est ainsi que je le ressens chez moi et dans mon entourage.
Il est évident que chaque savant est influencé par son poète et vice versa.
C'est pour cela qu'une question attends deux réponses : Celle du Savant et celle du Poète.
Si le savant apporte un éclairage précis et calculé, le poète peint les couleurs de la réponse.
Par exemple, à la question Comment fait-on les bébés ?
Le savant exposerai la manière scientifique : un homme, une femme, une relation sexuelle.
Tandis que le poète avancerai la version sentimentale : un papa, une maman et de l'amour.
Les deux se complètent donc et, même si l'on ne fait pas forcément attention à séparer ainsi nos réponses, nous utilisons de toute façon une partie de l'un et une partie de l'autre.

J'espère avoir pu répondre à ta question comme tu l'entendais. Si d'autres interrogations te viennent à l'esprit, n'hésite pas à les poser, cela me fait toujours plaisir de répondre (et surtout de devoir réfléchir à une réponse).

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Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions.
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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Lun 25 Oct - 12:37

L'idée de créer mon propre espace internet m'était aussi venue, mais manquant de temps et d'espoir, étant moi-même un critique extrêmement strict de mes écrits, j'ai jugé qu'internet n'était pas un lieu d'échange ou de partage ; un lieu d'accumulation, de juxtaposition sans rencontre, en fait. Demander à l'internaute impatient de montrer ses productions pour recevoir des félicitations qu'il fasse un effort d'attention, modifie son texte en corrigeant tout si nécessaire et rédige avec la volonté d'aider des commentaires construits sur les écrits d'autrui, c'est tout simplement trop pour ceux qui ne sont pas vraiment amoureux de la littérature, et qui pensent à eux-mêmes plutôt qu'à elle. Mais je ne voudrais pas décourager ta tentative.

Ainsi selon toi le savant répond aux questions qui se posent à lui en utilisant ce qu'il sait tandis que le poète y répond en utilisant ce qu'il ressent. Mais le savant se sert de son ressenti lorsqu'il estime, avant de l'avoir démontré, quelque résultat que ce soit ; ce qui arrive assez souvent. Nous devrons dire alors que le poète en lui, pressentant certain phénomène en raison d'un critère esthétique, a pu préciser des pistes d'investigation destinées au savant. Le critère esthétique, il est vrai, n'est pas particulièrement mauvais, puisqu'on perçoit dans la nature une idée d'harmonie ; on pourrait supposer que la construction la plus harmonieuse est plus à même d'exister que la moins harmonieuse, et conséquemment le savant, devenu poète en utilisant son ressenti, parviendrait plus vite à la vérité des choses. Nous pourrions poser ceci, cependant il resterait encore à examiner cela : ne sait-on pas ce qu'on ressent ? le ressenti du poète est-il autre chose qu'un savoir non prouvé, qu'une intuition sur laquelle il surimpose une opinion particulière ? Ainsi le poète avancerait peut-être un savoir non prouvé, savoir relatif à lui-même et vérifié seulement par lui ; sur ton exemple, on pourrait proposer les interprétations de Mallarmé, de Corbière et de plusieurs autres qui, loin de colorer l'amour de sentiments, décrivent la viande enchevêtrée, les cheveux impurs, l'aspect purement mécanique, et dévoilent au fond de la folie physique un "pacte tacite entre deux malheureux pour se surestimer et se louanger sans vergogne" (Cioran). Avec de tels propos, témoins de la noirceur poétique, on appréciera, pour espérer, les savants documentaires portant sur le miracle de la vie. Cioran précisait que s'il avait eu un enfant, face à ce qu'il pressentait de l'avenir, il l'aurait étranglé dans la minute. Après cet examen, il ne m'apparaît pas que le poète ait pour fonction de colorer la froideur scientifique. En répondant par un ressenti, concentré non sur le réel, mais sur le sentiment qu'il a du réel, c'est-à-dire une interprétation particulière, il ne pourrait qu'avancer un savoir de peu de valeur. Plaçons le poète et le savant sur une voie ferrée, le poète estime en contemplant l'horizon dans lequel les rails se resserrent que son ressenti prévaut, donc qu'en vérité les rails vont convergeant, tandis que le savant juge, en partant de ce qu'il sait, que l'écartement des rails ne varie pas, contrairement à son ressenti, car les roues des wagons conserveront le même écartement quoi qu'il arrive, et qu'ils ne pourront parcourir la voie que s'il en va de même à propos des rails. Si le savoir et le ressenti sont employés par toi dans leur acception courante, il s'ensuit que le poète est un trompeur inutile ; or je crois avoir beaucoup appris par la poésie. Que sont donc à ton sens le savoir et le ressenti ? sont-ce deux moyens de connaissance ? un des deux est-il plus pertinent que l'autre ou sont-ils complémentaires ? leur objectif et leurs objets sont-ils les mêmes ?

Merci, quoi qu'il en soit, d'avoir passé du temps à penser ta réponse !
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Aziliz
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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Mar 26 Oct - 11:14

J'avoue avoir été époustouflée par ta réponse et par le nombre de connaissances qu'elle met en avant. Je vais néanmoins tenter de répondre à ta question.
Que sont le savoir et le ressenti ? Nous en revenons ainsi presque à la question initiale, à savoir que sont le Savant et le Poète puisque ces deux êtres chimériques ne sont en réalité que l'incarnation respective du savoir et du ressenti pur. Le Savoir, pour moi, regroupe tout ce que l'on sait et ce qui a été prouvé par les sciences : Les théorèmes, la génétique, etc. Tandis que le Ressenti regroupe les choses non prouvées, que l'on estime juste par le seul fait de notre libre arbitre. Je m'explique.
Le Savoir peut dire avec certitude que le chiffre pi commence par 3.14151692654...
Le Ressenti permet de dire que pi est infini. On pourrait croire que c'est du domaine du savoir, pourtant personne n'a jamais pu prouver que le chiffre pi ne pourrai pas finir, mais étant donné le nombre de décimales qui se suivent, l'absence de période et le nombre d'année de calcul, le ressenti en à déduit que pi était sûrement infini.
Aussi, si le ressenti est parfois inexact (par exemple, on pourrait penser que le soleil tourne autour de la terre, alors qu'en réalité c'est le contraire), il permet de "deviner" des choses impossibles à connaître par le savoir. A mon sens, ce sont donc bien deux moyens de connaissance mais surtout ce sont deux façons d’appréhender le monde. L'un n'est jamais plus pertinent que l'autre puisqu'ils se complètent.
Un enfant à qui on aurait appris que 1 + 1 = 2 (savoir) déduira naturellement que 2 - 1 = 1 (ressenti)
Le Savoir à autant besoin du Ressenti que le Ressenti du Savoir, c'est pour cela qu'ils sont tous deux présents dans nos réflexions et s'ils n'y sont pas en parts égales, ils se complètent tout de même.
Leurs objectifs sont d'appréhender le monde le plus justement possible.

Pour revenir à la phrase elle même : Il y a deux réponses à ta question, comme à toutes les questions, celle du Savant et celle du Poète. Cela permet de séparer le savoir de la personne qui répond (ce dont il est sûr et qui à été prouvé) et le ressenti de cette personne (ce qu'il pense).
Pourquoi les nuages vont dans un sens et nous dans l'autre ?
Réponse du Savant : Nous allons dans ce sens pour nous installer. Les nuages n'ont pas le choix et sont poussés par le vent.
Réponse du Poète : Nous sommes poussés par une force plus forte que le vent que l'on nomme Destin.
(extrait d'un roman de Pierre Bottero, réduit au minimum)
Conclusion, nous avons là le savoir : les nuages sont poussés par le vent, c'est une certitude.
et le ressenti : c'est le destin qui nous guide, c'est une pensée.
Les deux sont utilisés dans le but de faire comprendre au poseur de question les choses sûre et les choses ressenties qui complètent notre appréhension du monde qui est personnelle à chacun.

Si le savant est commun à tous, nous possédons tous un poète différent. Ainsi le poète d'un individu X aurait pu répondre "C'est Dieu qui nous dit où nous allons" Ce qui explique les différents points de vue et les longues discussions interminables sur la philosophie.
S'il existe une règle pour nous dire comment écrire les mots, il n'existe que notre ressenti pour nous guider sur le fond de ce que nous devons écrire.

Je te remercie encore une fois de ta réponse, même si elle commence sur une note bien négative (ce n'est pas grave, mon poète est particulièrement optimiste même si mon savant sait que le chemin est ardu Smile )

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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Mar 26 Oct - 15:21

Le savoir serait la connaissance en ceci qu'on a pu la prouver, le ressenti serait la connaissance intuitive hors de la preuve. Après avoir défini ceci, pourtant, nous aurons du mal à défendre un tant soit peu le savoir face au pyrrhonisme ancien qui réclame, haussant le sourcil face à la valeur de la preuve, un autre apport, la garantie de sa valeur, la preuve avalisant la preuve, et la preuve avalisant la preuve avalisant la preuve, ainsi de suite en régressant à l'infini. Sur quoi fonder la valeur de la preuve, alors que tous les efforts jusqu'à ce jour n'ont pu fournir pour socle au savoir universel qu'une intuition cartésienne, un postulat formulé par le fameux "je pense, donc je suis" ? Le savoir n'est-il pas généré par la volonté d'agencer des ressentis pour s'assurer de leur véracité ? J'ai l'impression que le soleil tourne autour de la terre, et j'ai l'impression pourtant que les autres corps du ciel auxquels la terre est comparable, eux, sont en orbite autour de l'étoile ; alors, observant, calculant pour accorder mes ressentis, pour percevoir la vérité, j'œuvre à la construction du savoir. D'un côté nos perceptions, par quoi se construit le ressenti, de l'autre côté nos réflexions, par quoi se construit la compréhension, seraient complémentaires, car la perception n'a pas seule accès à la science, et la science est la prolongation, l'organisation des perceptions en un tout très cohérent qui rend compte autant qu'il peut du réel. Pi, par contre, est un irrationnel, c'est-à-dire un nombre absolument impossible à transcrire en rapport fractionnel entier ; c'est en 1761 que le mathématicien Lambert l'a montré. Si longtemps avant lui plusieurs chercheurs penchaient pour un pi non rationnel, leur intuition fut confirmée. Quant à l'enfant qui comprend l'addition 1 + 1 = 2, s'il déduit seul que 2 - 1 = 1, ce n'est pas un ressenti mais de la déduction, c'est-à-dire une opération de l'esprit plutôt qu'une intuition directe. Un peu comme un quidam à qui l'on montre un mécanisme et qui, s'étant avec lui familiarisé, le fait fonctionner mieux ou différemment. Si l'objectif du ressenti est d'aborder le réel le plus justement possible, il doit céder la place, au moment logique, au travail du savant. Donc le poète a des idées tandis que le savant, conservateur et prudent, les vérifie patiemment, les adapte et les arrange, afin d'agencer de façon définitive un savoir universel, qui ne soit plus relatif au ressenti de tel humain, mais qui convienne à tous.

La pensée se pense et ne se ressent pas : la sensation nous atteint plus tôt, le processus de pensée commence ensuite, à l'occasion, car nous ne pensons pas après tout ressenti. Le ressenti se divise en deux : le ressenti non analysé, sur lequel la pensée n'a pas opéré, puis le ressenti soumis à l'analyse, à partir duquel l'intelligence, en agençant tout dans l'objectif de conserver la cohérence, essaie d'élaborer des énoncés universels. Le poète, un précurseur de la science, aurait alors la fonction de formuler l'impensé, le non analysé, pour le soumettre à l'homme ainsi placé face au miroir réflexif, dans la position d'un retour sur lui. Mais n'est-il que cela ? C'est un réductionnisme utilitaire.

Si le pessimisme est le premier pied passant le bord du tombeau, l'optimisme est le second, resté dehors, coincé sous la racine, enthousiaste et téméraire !
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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Mer 27 Oct - 10:16

J'aime beaucoup ta citation - bien que morbide - sur le pessimisme et l'optimiste.

Je ne sais pas trop que répondre à tout cela. A vrai dire, je ne m'étais jamais posée la question dans ce sens là de savoir ce qui était réellement du domaine du Savant et de celui du Poète. Pour résumer avec de nouveaux termes, je dirai que le Savant explique l'effectif. Tandis que le Poète prends le point de vue de la légende, de l'imaginaire collectif.
Je tiens tout de même à préciser que la citation est tirée d'un livre fantastique n'ayant pas forcément les mêmes limites de la science ni les mêmes légendes.
Pour ce qui est du reste, je suis d'accord sur le fait que le poète n'est pas simplement là pour nous permettre d'analyser notre ressenti mais également, comme je l'ai dit plus haut pour éclairer sur certaines croyances et certaines légendes. Par exemple, c'est une formulation que j'utilise volontiers pour expliquer à un enfant l'évolution. A la question "comment est venu le premier oranger ?" je réponds que le Savant pense que grâce à l'oxygène des plantes ont poussé, qui se sont transformées en arbre, qui se sont transformés en oranger" tandis que le Poète lui dit que c'est Dieu qui a créé chaque chose : l'homme, la femme, le pommier, l'oranger etc.
En vertu de cette utilisation, même réductrice, du concept Savant/poète, je n'ai jamais poussé plus loin le raisonnement. Et je suis sûre qu'en continuant ainsi on peut y passer un certain temps puisque chacun à son poète et donc pas la même interprétation de ce concept, qui est scientifiquement improuvable (je ne vois pas comment on pourrait démontrer que chaque être humain raisonne sur un concept Savant/Poète, mais si tu trouves, je me penche volontiers dessus :p)

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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Mer 27 Oct - 12:20

Ce n'est pas cité, c'est de moi.

Je suis assez sceptique au sujet de la séparation du poète et du savant. La légende et l'imaginaire collectif ne sont pas des préoccupations de la poésie moderne, ils intéressent à l'inverse assez les savants : Carl Gustav Jung a forgé l'archétype et le concept "imaginaire collectif" qui le contient, les structuralistes ne cessent pas d'étudier le mythe, et la psychanalyse y puisait des représentations. Le rapport du poète à Dieu n'est pas aussi simple et systématique, et le surnaturel n'est pas non plus, dès après la poésie médiévale, un thème utilisé sans réserve. A vrai dire il y a dans la scission séparant poète et savant le souvenir de la scission séparant le littéraire et le scientifique, un récent conflit dans lequel l'un, trouvant le savant trop terre-à-terre, et l'autre, estimant le littérateur au mieux éthéré mais inutile au pire, ont coutume ainsi de se chercher des poux dans la tête et de se mirer en chiens de faïence. Opérer la scission n'est que question d'ego : du côté du beau le grand poète, et du côté du vrai le grand savant, manœuvrant pour se déconsidérer mutuellement tout en masquant mal, sous un discours réconciliateur de complémentarité, leurs prétentions à la supériorité. Comme au moyen des mots, le littérateur est en avance, un savant se réduit à l'idée d'un type à peu près débile, imperméable au beau, maniant sa fiole et son fourneau dans l'obscurité bleue d'un laboratoire encombré. Mais peut-être est-il permis de penser un beau qui serait un aspect du vrai, un vrai qui serait un aspect du beau, un beau et un vrai qui seraient deux aspects de Dieu, que sais-je encore ; un poète aussi, peut-être, est en droit de prétendre au vrai, sans rester dans les ressentis et les interprétations. Si Homère a perduré trois mille ans, sans doute est-ce en vertu de l'universalité des vérités que contient sa poésie ; dans le cas contraire il serait périmé. Baudelaire, entre l'ennui, le plaisir et le macabre, est très actuel, ainsi que beaucoup d'autres. "Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change, / Le Poète suscite avec un glaive nu / Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu / Que la mort triomphait dans cette voix étrange", écrit Mallarmé dans un hommage à Poe. Le poète a ses prétentions quant à l'universalité du vrai ; servir son époque en lui permettant la compréhension de telle émotion, de tel ressenti, n'est pas son premier intérêt. La volonté de puissance, à l'inverse, est souvent son moteur. Le savant, travaillant en équipe, est plus ouvert que le poète. Un savant trouve une universalité dans la communauté du réel, un poète entend trouver en lui l'universalité pour l'imposer au monde, ou simplement l'exposer depuis le dernier siècle. Enfin la dialectique entre un poète et un savant prend parfois un air par trop caricatural, et la clarifier de façon satisfaisante est difficile.

A plus !
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MessageSujet: Re: Le Savant et le Poète   Jeu 28 Oct - 9:35

Au temps pour moi pour ta phrase alors, ça n'empêche que je l'aime bien Smile

Au niveau de la séparation Savant et Poète, je suis d'accord avec toi et c'est pour cela qu'ils vont toujours ensemble. On ne peut donner seul l'avis de l'un ou de l'autre puisqu'ils se complètent. Sans qu'aucun n'ait plus ou moins raisons que l'autre. Disons pour faire simple qu'il s'agit de deux éclairages différents de la même réalité (et la encore, le mot réalité est très vaste et pas forcément celui qui sied le mieux pour illustrer ce que je veux dire).
S'ils n'ont pas la même façon de voir les choses, les faits sont les mêmes. Pour reprendre l'exemple tiré du livre, les nuages vont dans un sens, les personnes qui parlent dans l'autre c'est un fait et il est le même pour le Savant et le Poète, l'éclairage en revanche est différent. Le Savant met en valeur le phénomène naturel : le vent pousse les nuages, tandis que le poète émet qu'il puisse exister une force qui pousse les humains à l'instar du vent qui pousse les nuages et en profite pour lui donner un nom : le Destin. Il ne remet pourtant pas en cause ce qu'a dit le Savant avant lui, le vent pousse bien les nuages. Au contraire, le deuxième utilise le plus souvent ce qu'à dit le premier pour proposer une nouvelle vision des choses.
Je parle bien sûr ici des allégories du Savant et du Poète et non de l'éternelle bataille opposant les scientifiques aux littéraires et vice versa...

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